Editorial
L’Histoire, la Philosophie et les Aires culturelles
Au sein même de la communauté des philosophes professionnels ou «déclarés» comme tels, il y a une concurrence entre ceux qui inscrivent la philosophie dans l’histoire européenne en la définissant comme une formation culturelle spécifique de l’Europe, et ceux qui définissent la philosophie comme une discipline indépendante de tout contexte historique, linguistique ou culturel. Poussée à l’extrême, chacune de ces deux positions de principe exclut la pratique de la philosophie qui moi m’intéresse, comme indianiste, puisque les uns en viennent à penser qu’il n’y a pas de philosophie stricto sensu hors d’Europe (cf. L’Oubli de l’Inde de Roger-Pol Droit), et que les autres refusent obstinément d’imaginer que la Raison varie en fonction des langues et des cultures.
Il s'agit de briser cette antinomie.
Les Philosophes «déclarés» et les autres
Du fait de l’existence des Aires culturelles à l’EHESS — potentiel de recherche hors de pair en France sinon même en Europe dans le domaine de la philosophie comparée — deux ou trois d’entre nous participent à l’activité philosophique professionnelle contemporaine en Inde (c’est mon cas) ou en Chine (Joël Thoraval par exemple) et ils sont en droit de se déclarer eux aussi «philosophes», bien qu’ils préfèrent se déclarer anthropologues, indianistes ou sinologues.
Le nerf du débat entre ces «philosophes» déclarés et non déclarés, à mon sens, c’est le rapport de la Philosophie à la diversité des langues naturelles et aux différents contextes historiques, ethnographiques et linguistiques de la pratique philosophique professionnelle.