Encyclopédie philosophique universelle. Les Notions philosophiques. Dictionnaire,
Volume dirigé par Sylvain Auroux, Tome 2, Paris, PUF, 1990, pp. 2786–2787
AHIṂSĀ
1 / Bouddhisme et hindouisme
«Non-violence (traduction courante) ou non-nuisance (traduction technique). Dans le bouddhisme, ahimsâ est représentée: 1) A titre de valeur tout à fait fondamentale, par l'abstention d'attenter à la vie (prâna-atipâta-virati), qui est la première «observance» (sîla) du bouddhisme — en fait, son premier commandement; 2) dans le cadre de la scolastique, par avihimsâ, variante technique du terme ahimsâ avec le même sens. Avihimsâ est une des dix «dispositions psychiques universelles favorables» qui peuvent se présenter dans une série personnelle (samtâna). Même subissant bien des entorses en pratique, la non-violence est une des valeurs fondamentales de la civilisation indienne. Elle est fondée: a) sur la croyance en la transmigration (samsâra): l'être qu'on tue peut nous être beaucoup plus proche que nous ne le pensons; b) sur l'idée de l'égalité (samatâ) foncière de tous les êtres, de quelque manière que se définisse cette égalité: par exemple manifestation de l'absolu dans le Vedanta, ou vacuité (sunyatâ) dans le Mahâyâna; c) dans le Mahâyâna en particulier, sur la vertu de compassion (karunâ) universelle.» (Jacques May.)
2 / Jinisme
«Cette notion est particulièrement importante chez les Jainas, dont le premier (grand) vœu, de religieux ou de laïc, est de renoncer solennellement à léser, endommager, la moindre parcelle de «vie» (jîva), si humble soit-elle. Comme pour beaucoup de privatifs sanskrits, les implications en sont positives, et s'étendent à tous les aspects de la vie du fidèle: l'ahimsâ n'est pas seulement «innocuité» (cf. la racine HIMS-, «endommager»), mais respect des êtres vivants, bienveillance, compassion.» (Colette Caillat.)