«Ethique du monde vivant»

«L’idée d’une éthique environnementale ou du monde vivant engage-t-elle la réflexion morale sur des voies profondément nouvelles? Un grand nombre de ses partisans le prétendent et certains soulignent l’ampleur de cette nouveauté qui appellerait une rupture avec la tradition éthique, métaphysique et religieuse qui domine l’Occident depuis des siècles, voire des millénaires. Arne Naess (“écosophie”, “écologie profonde”)[1], Paul Taylor, Hans Jonas, Holmes Rolston III (“le tournant environnemental de la philosophie”[2])…, illustrent cette position à des degrés divers. Un texte historiquement déterminant fut l’article de Lynn White Jr. dans Science (1967): “Les racines historiques de notre crise écologique”[3]. Lynn White affirme que sous l’influence de la philosophie grecque et de la théologie judéo-chrétienne, les éthiques occidentales se sont anthropocentrées, ce qui signifie:

• leur valeur exclusive ou dominante est l’homme;
• la nature, livrée à l’exploitation humaine, est dépourvue de valeur propre;
• le champ de l’éthique est celui des seules relations inter-humaines.

Sciences et techniques modernes auraient accentué cette perspective. Afin de rompre avec cette tradition bimillénaire, une attitude éthique nouvelle, portée par une refonte des postulats métaphysiques et théologiques à la base de la représentation de l’homme dans la nature, serait indispensable, en même temps qu’un remaniement profond de la société (comportements, style de vie, économie, politique).» (Gilbert Hottois)[4]

Nous espérons trouver dans l'Inde et ses pratiques philosophiques ethnographiquement situées quelques uns des outils alternatifs nécessaires à cette refonte et ce remaniement qui impliquent aussi un décentrement par rapport à l'Europe.

[1] — Arne Naess (1989), Ecology, Community and Lifestyle. Outline of an Ecosophy, Cambridge University Press.

[2] — Holmes Rolston III (1986), Philosophy Gone Wild. Essays in Environmental Ethics, New York, Prometheus Books, p. 9. Comme d’autres ont parlé du “tournant linguistique de la philosophie”.

[3] Lynn White Jr., The Historical Roots of Our Ecological Crisis (1967).

[4] Gilbert Hottois, Panorama critique des éthiques du monde vivant, publication électronique non datée sur un site universitaire colombien (Bogota):

http://www.bioeticaunbosque.edu.co/publicaciones/Revista/Revista1/Articulo_Hotis.pdf

 


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