Définir l'être humain
Un passage de l'Aitareya-Âranyaka traduit et commenté par Charles Malamoud.
«Il est question ici de la place de l'homme dans l'échelle des êtres (Ait II.3.2). Les végétaux et les animaux sont, comme l'homme, doués d'âtman, de «soi», ou, plus précisément, ils sont, les uns et les autres, le siège du Soi; mais le Soi ne se laisse pas discerner dans les plantes et les arbres où l'on ne perçoit que du «suc» (rasa). Le soi est plus visible chez les animaux (prânabhrt, porteurs de souffle), parce que, en plus du suc, ils manifestent qu'ils ont aussi de la pensée (citta).
«Mais c'est dans l'homme (purusa) que le Soi apparaît le plus clairement: car, de tous les êtres, c'est l'homme qui est le plus doué d'intelligence. Il dit (vadati) ce dont il a eu connaissance; il voit (pasyati) ce dont il a eu connaissance; il sait ce que c'est que demain (veda svastanam); il sait ce qu'est le monde et le non-monde (veda lokâlokau). Ainsi pourvu, il cherche, par le mortel, à gagner l'immortalité. Quant aux autres, ce sont les bêtes (pasu), leur pouvoir de connaître n'est que la faim et la soif. Ils ne disent pas ce dont ils ont eu connaissance, ils ne voient pas ce dont ils ont eu connaissance, ils ne savent pas ce que c'est que demain, ils ne savent pas ce qu'est le monde et non-monde. C'est là seulement leur ampleur… L'homme est un océan. Il est au-delà du monde entier (sarvam lokam ati). Gagne-t-il quelque chose? Toujours il pense à ce qui est au-delà. S'il gagne le monde de l'espace intermédiaire [l'atmosphère, antariksam lokam], il pense à ce qui est au-delà. S'il gagnait le monde là-haut [le Ciel], il penserait à cela seulement qui est au-delà du ciel.»
Ce texte est précieux. Il fait figure d'exception dans la littérature védique par sa tonalité, mais aussi par le problème qu'il aborde. Très rares en effet sont les textes du Veda (même si on y inclut les Upanisad anciennes) qui formulent avec quelque netteté une définition ou une caractérisation de l'homme, dans sa différence avec les animaux, ou avec les dieux.»
Charles Malamoud, La Danse des pierres. Etudes sur la scène sacrificielle dans l'Inde ancienne, Paris, Seuil, 2005, p. 89.
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