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Autrui dans le monde des vivants

L'évanescence du Soi
Traitement indien d'un thème postmoderne

Séminaire du 5 décembre 2007

Au début du chapitre qu'il consacre au «Soi qui disparaît», Carl Olson cite Derrida renchérissant sur l'analyse que donnait Emmanuel Levinas de la formule biblique «Me voici». Ce «Me voici» est une citation…

«Cette citation-présente qui, en tant que citation, paraît effacer l'événement présent d'un «me voici» irremplaçable, elle vient aussi pour dire que dans «me voici» le Moi ne se présente plus comme un sujet présent à soi, se faisant présent à soi de soi-même (je-me): il est décliné, avant toute déclinaison, «à l'accusatif»…»

Jacques Derrida, Psyché. Inventions de l'autre, Paris, Galilée, 1987, p. 168. Cité dans Carl Olson, Indian Philosophers and Postmodern Thinkers, New Delhi, Oxford University Press, 2002, p. 143.

Je m'efforcerai d'utiliser ces rapprochements entre la philosophie dite «postmoderne» et les philosophèmes indiens — communs à toutes les traditions hindoues et bouddhiques — tels qu'ici la thèse de l'évanescence du Soi, pour faire ressortir les méthodes qu'emploient les philosophes indiens pour se positionner comme des professionnels.

Je note en première approximation deux façons de professionnaliser leur activité philosophique. L'une est d'occulter la dimension métaphysique des thèses qu'ils étudient, comme Jonardon Ganeri analysant la self-intimation thesis, la thèse selon laquelle toute pensée est conscience de soi. Voir la page Mémoire et conscience de soi. L'autre manière indienne de devenir philosophe de profession est de partager son œuvre sinon même sa personne en deux mondes distincts et d'écrire des articles et des livres pour les uns (dans lesquels l'Inde est occultée) et pour les autres (dans lesquels le pandit prend le pas sur le philosophe). Voir le témoignage de Jitendranath Mohanty, Between Two Worlds, East and West: An Autobiography, New Delhi, Oxford University Press, 2002; des comptes rendus sont référencés sur la page web de ce site consacrée à Mohanty.

Nous confronterons dans cette perspective:

mohanty_self_object.pdf — J. N. Mohanty, Can the Self become an Object? (Thoughts on Samkara's statement: nâyam âtmâ ekânta avisaya), dans J. N. Mohanty, Essays on Indian Philosophy. Traditional and Modern, Edited by Purushottama Bilimoria, Delhi, OUP, 1993, pp. 68–73.

et:

mohanty_subject_person.pdf — J. N. Mohanty, Subject and Person: Eastern and Western Modes of Thinking about Man, dans J. N. Mohanty, Essays on Indian Philosophy. Traditional and Modern, Edited by Purushottama Bilimoria, Delhi, OUP, 1993, pp. 74–85.

Cette division intérieure, plus ou moins consciente, entre le pandit et le philosophe peut être interprétée dans la perspective ouverte par Carl Olson, dont on trouvera le chapitre sur le «Soi qui disparaît» dans la bibliothèque Ganapati.

 

Bibliographie
venant s'ajouter à celle des pages voisines

duerlinger_reductionist.pdf — James Duerlinger, Reductionist and Nonreductionist Theories of Persons in Indian Buddhist Philosophy, Journal of Indian Philosophy, Vol. 21, 1993, pp. 79–101.

duerlinger_vasubandhu_selfhood.pdf — James Duerlinger, Vasubandhu's Refutation of the Theory of Selfhood (Âtmavâdapratisedha), Journal of Indian Philosophy, Vol. 17, 1989, pp. 129–135.

dumont_inde_et_nous.pdf — Louis Dumont, La Civilisation indienne et nous. Esquisse de sociologie comparée, Paris, Armand Colin, 1964 (Cahier des Annales, 23), Avant Propos et Chapitre I (Société, religion et pensée), pp. 7–30. Se reporter à la page:

http://ehess.philosophindia.fr/inde/maya-ou-la-nature/l-emeraude-dans-du-lait/pensee-individuelle.html

olson_disappearing_self.pdf — Carl Olson, Indian Philosophers and Postmodern Thinkers, New Delhi, Oxford University Press, 2002, p. 142—179.