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L'arbre et l'homme

 

«L'arbre et l'homme luttent au plus proche, dans ce combat anthropocosmique qui a une longue histoire dans les rêveries humaines. Qui sera vainqueur? L'arbre est-il le sarcophage dressé qui va dévorer une chair humaine suivant les vieux songes de l'arbre des morts ou bien l'homme vient-il chercher pour ses muscles, pour ses nerfs, la force de la fibre? L'arbre a une main, une longue main blanche. Et le bras de l'homme s'épanouit comme une palme. Une racine de l'arbre est déjà une jambe. Une jambe de l'homme prend une torsion térébrante pour s'installer comme une racine profondément en terre. Nous sommes vraiment au nœud d'un métabolisme des images. Tronc d'un chêne et tronc du corps humain: voilà un doublet usé du langage courant.» Gaston Bachelard, décrivant une gravure d'Albert Flocon, dans Le Droit de rêver, Paris, PUF, 1970, p. 83.

Deux thématiques s'entrelacent dans cette gravure: l'humorisme (transmission de la sève entre la fibre de l'arbre et les nerfs de l'homme), et les métaphores fondatrices (le chêne comme métaphore du corps humain). Robert Dumas en donne un commentaire très éclairant dans Traité de l'arbre. Essai d'une philosophie occidentale, Arles, Actes Sud, 2002, p. 19:

«L'empathie avec laquelle l'homme ressent dans sa chair la vie intensive à l'œuvre dans la croissance d'un arbre entraîne toutes les rêveries, tous les fantasmes. Les métaphores et les symboles précèdent les signes plus abstraits parce que «les images sont les réalités psychiques premières» (Bachelard, L'Air et les songes, Paris, Corti, 1943, p. 297). Si l'arbre est le symbole par excellence, c'est parce qu'il relève des «images fondamentales, celles où s'engage l'imagination de la vie» (ibid.). Il faut alors s'attacher aux «matières élémentaires» qui entrent en contact avec notre sensibilité et «aux mouvements fondamentaux» (ibid.) auxquels se livre notre corps. D'où l'intérêt de Bachelard pour la physique qualitative aristotélicienne, qui a le mérite d'accompagner théoriquement notre expérience vécue du monde. En remontant jusqu'à cette première division en quatre éléments (le feu, l'air, l'eau, la terre), non seulement Bachelard détient «les hormones de l'imagination» (ibid., p. 19), mais il renoue le fil rompu de la tradition alchimique jusqu'aux cosmologies imaginées par les sages présocratiques.»

 

Page web faisant référence à Blumenberg à lire avec celle-ci:

Les métaphores fondatrices

Sur le manguier comme métaphore fondatrice:

Effluves du Kuttanad