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Sens intime (Manas) et organes sensorimoteurs (indriya)

Cf. Généalogie des médecines douces, p. 59-60

 

Petite leçon de psychophysiologie ayurvédique, qui constitue le socle philosophique de cette biocénose croisant le corps, les parfums et les épices. D'un côté les «lieux du corps» (comme on disait chez nous du temps de Galien) et les parties du corps — en l'absence d'un véritable concept d'organe — sont intégrés dans la circulation des fluides vitaux qui constitue la physiologie humorale. Et de l'autre les émotions et les «passions de l'âme» (concept que j'emprunte au Galénisme et au Stoïcisme pour éclairer la doctrine ayurvédique) se fondent dans la notion d'une trajectoire des maladies qui par sympathie s'engendrent les unes les autres. Explication de texte dans la Carakasamhitâ, Vimânasthâna, I, VI, 5-8:

Rajas et tamas sont les deux humeurs mentales (mânasau dosau). Elles sont la cause de maladies telles que l'amour, la colère, la cupidité, l'hébétude, l'envie, l'orgueil, le délire, la tristesse, l'inquiétude, la peur, l'énervement, etc. Le vent, la bile le flegme sont les humeurs corporelles (sârîrâ dosâh). Elles sont la cause de maladies telles que la fièvre, la diarrhée, l'œdème, la phtisie, la dyspnée, le diabète, la lèpre, etc.

Pour ces deux types d'humeurs, il y a trois facteurs aggravants, à savoir: le contact inapproprié avec les objets des sens, le manquement à la sagesse, et le cours inéluctable du temps. […] Et ces deux séries de maladies, l'amour, etc., la fièvre, etc., s'enchaînent tour à tour, sont en quelque sorte des deutéropathies (anubadhnanti) les unes des autres.

 

Il y a donc simultanément, mais en deux registres différents, une circulation (des «humeurs», dosa) et une dialectique (des «deutéropathies», anubandha): 1°) Dans un premier registre, la physiologie est une circulation et une combinaison des humeurs (les fluides vitaux); et 2°) dans un autre registre, la pathologie est circulaire en ce que les maladies sont des deutéropathies les unes des autres. C'est dans ce cadre qu'on explique comment naissent le plaisir et la douleur, le bonheur et la souffrance, la santé et la maladie. Explication de texte dans la Carakasamhitâ, Sârîrasthâna, I, 33, 130 et 131:

On compte bien des types de jugement différents
selon l'organe et l'objet des sens impliqués,
mais tous naissent du frottement
entre l'âme (âtman), les organes sensorimoteurs (indriya), le sens intime (manas) et les objets (artha). 33

Ni les organes sensorimoteurs ni les objets des sens
ne sont les causes du bonheur et de la souffrance.
La cause du bonheur et de la souffrance,
c'est la jonction (yoga), on l'a vu [4e hémistiche dans 33 supra], qui est quadruple. 130

Donnez-vous les organes sensorimoteurs et les objets des sens,
si vous ne vous donnez pas aussi la conjonction, vous n'aurez ni souffrance
ni bonheur. La cause est donc bien
la jonction (yoga), qui est quadruple. 131