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Le mot sanskrit « rasa » en esthétique
RASA «saveur, goût, plaisir esthétique» Littéralement: «suc, sève, saveur». Le mot est très tôt affecté au sens de «goût» en rapport avec la liquidité et la sève des plantes. Il désigne, dans toute la tradition indienne, le plaisir esthétique. Dans la terminologie de la médecine et de la pharmacie ayurvédique, rasa désigne soit un «bouillon», soit très exactement «une saveur en phase aqueuse». La polysémie du mot rasa ne s'explique que par une cosmologie humorale; la circulation des humeurs, sèves et autres fluides vitaux dans la Nature constitue une physiologie cosmique. Dans bien des contextes nous pouvons légitimement traduire le mot sanskrit rasa par «les humeurs» au sens de la théorie des humeurs: ces fluides vitaux qui véhiculent les émotions. Je ne retiens dans cette page que les emplois du mot rasa dans le contexte de l'esthétique, de la rhétorique et de la théorie des arts vivants, et je cite des extraits de l'excellente entrée «RASA» publiée par Marie-Claude Porcher dans L'Encyclopédie Philosophique Universelle, Paris, PUF, 1990.
Sur l'expérience du poète, qui s'abreuve des événements du monde pour les transmettre à l'auditeur par une mise en scène des émotions impersonnelles qu'ils véhiculent, se reporter dans la base de données à la page:
Bharata [l'auteur mythique du Nâtyasâstra] distingue quatre rasa fondamentaux générant chacun un corollaire: srngâra (l'amoureux) d'où procède hâsya (le comique), raudra (le furieux) d'où karuna (le pathétique); vîra (l'héroïque) d'où adbhuta (le merveilleux); et bhîbatsa (l'odieux) d'où bhayânaka (le terrible).
Ce qu'il faut retenir du point de vue qui est le nôtre, c'est d'une part la capacité des humeurs et autres fluides vitaux de véhiculer et transférer des émotions d'un bout à l'autre de la grande chaîne des êtres dans la Nature, et d'autre part la vocation du Poète qui est de mettre en scène cette circulation des humeurs.
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